Vers une psychothérapie d'état ?

Avec l’amendement 159, ce qui s’est amorcé avec le dispositif MonPsy s’accélère : la paramédicalisation du métier de psychologue. Sous prétexte d’améliorer l’accès aux soins, on met en place un dispositif qui risque surtout de déshabiller la psychothérapie pour n’en laisser qu’un squelette de protocoles standardisés. Et dans cette mécanique, la parole du patient, cœur du soin, devient une simple variable d’ajustement – quand elle n’est pas purement baillonée.

Depuis des années, la psychiatrie a été réorganisée autour d’une logique de mesure, de score, de comportements à classer. On coche des cases, on comptabilise des symptômes, on exige du « résultat » immédiat. Le subjectif, le singulier, le conflit interne : disparu.
Aujourd’hui, cette dérive menace la psychologie. Le psychologue risque de devenir un technicien du psy, exécutant de protocoles définis ailleurs, simple bras armé d’une rationalisation bureaucratique du soin.

Cette évolution repose sur un contresens majeur : faire cesser un comportement observable, n’est pas transformer la position psychique d’un sujet face à son symptôme. Un symptôme qui dure depuis vingt ans n’est pas un automatisme à « déconditionner », mais un nœud de sens, inscrit dans l’histoire du sujet.
Imaginer résoudre cela en quelques séances standardisées, à partir de méthodes issues du conditionnement animal, relève moins de la clinique que de l’idéologie scientiste.

C’est précisément pour cela que la psychanalyse doit rester centrale.

 

1. Parce qu’elle met le sujet avant la norme

La psychanalyse ne cherche pas à normaliser un comportement mais à comprendre ce qu’il signifie. Elle ne vise pas à adapter le patient à un modèle, mais à lui permettre de se dégager de ce qui le détermine. Elle écoute là où d’autres corrige.

2. Parce qu’elle refuse de réduire l’humain à un algorithme comportemental

Le psychisme n’est pas une grille de comportements modifiables. Un symptôme est une construction complexe. La psychanalyse est l’une des rares pratiques qui s’autorise encore à écouter cette complexité au lieu de la simplifier.

3. Parce qu’elle respecte la temporalité psychique

La subjectivité n’obéit ni à la rentabilité ni à la vitesse. Vouloir « résoudre » un symptôme en dix séances relève de la violence normative. Certains processus exigent du temps, celui de l’élaboration, pas celui de la productivité.

4. Parce qu’elle garantit l’autonomie de la psychologie

La psychanalyse est une pratique mais aussi une éthique : celle d’une psychologie indépendante, non subordonnée au médical. Sans elle, la profession risque d’être réduite à un service auxiliaire, appliquant des directives au détriment de la clinique.

5. Parce qu’elle maintient un espace où la parole peut exister

À l’heure où l’on transforme la clinique en check-list et le soin en indicateurs, la psychanalyse demeure l’un des rares lieux où la parole n’est pas formatée, où le sujet peut émerger autrement que comme un ensemble de scores. Cet espace est aujourd’hui menacé, dans les CMP, les hôpitaux, les institutions, et bientôt peut-être au sein des universités.

 

Défendre la psychanalyse, ce n’est ni du corporatisme ni de la nostalgie.
C’est défendre un soin qui reconnaît la singularité, la profondeur du psychisme, la valeur de la parole et la nécessité du temps. C’est refuser de réduire l’humain à des comportements à corriger.


Merci de signer et de relayer au maximum la pétition contre cette amendement :

https://www.change.org/p/non-%C3%A0-l-amendement-159-oui-%C3%A0-la-pluralit%C3%A9-des-approches?recr...


Article publié le 17 novembre 2025. Propriété intellectuelle de Clémence Blanc.

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Article de Clémence Blanc
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